LE BILAN DE TRIMESTRE DE JEAN-MICHEL BLANQUER : un ministre bavard, hyperactif mais discipliné Chapitre 1 : la maternelle.

mercredi 10 janvier 2018

De la Maternelle au lycée en passant par le collège jusqu’à l’enseignement supérieur et sans oublier les premières actions ministérielles envers les effectifs de certains cours préparatoires, ce sont tous les niveaux de l’enseignement ont été concernés par les nouveaux chantiers mis en action par le ministre de l’Education Nationale.

Passons en revue la méthode Blanquer, de la théorie(1) à la pratique, de l’école maternelle à l’enseignement supérieur en y apportant le regard critique du SUNDEP-Solidaires, pour tous ces niveaux cités.

Chapitre 1, l’école maternelle : « Donner la priorité absolue à l’immersion langagière et diffuser les techniques pédagogiques inspirées directement par la recherche ».

Si Xavier Darcos en 2003 ne croyait pas à la scolarisation dès 2 ans en évoquant alors les avantages relativement faibles d’une telle scolarisation précoce pour les élèves en provenance de zones d’éducation prioritaire et en souhaitant réduire l’accueil des tous petits à de simples jardins d’enfants, J-Michel Blanquer ambitionne quant à lui de repenser l’école maternelle. Sa vision, celle d’un lieu où l’enfant devient l’acteur de son éducation et qui lui permettra un épanouissement linguistique. Dans un entretien accordé au quotidien Ouest France(2), le ministre indique qui est nécessaire de repenser l’école maternelle afin que celle-ci puisse corriger la première des inégalités : « celle de la quantité de vocabulaire utilisé à l’entrée de l’école maternelle ». En effet à quatre ans un enfant issu d’un milieu social défavorisé aura entendu trente millions de mots de moins qu’un enfant issu d’un milieu social qualifié de favorisé. D’où l’idée phare de J-M Blanquer d’améliorer les compétences langagières des enfants de moins de sept ans (maxima décisif) à l’aide de « bains linguistiques ».
Si l’école maternelle à la française constitue une particularité enviée par de nombreux pays dans le Monde, elle n’en reste pas moins perfectible selon le ministre de l’Education Nationale.

Par quel moyen, J-M Blanquer pense-t-il parvenir à améliorer les performances de la scolarisation précoce ?
Le ministre n’a qu’un mot en bouche, son graal : les neurosciences. Celles-ci semblent avoir retenues toute l’attention du ministre. Neurosciences associées au célèbre neuropsychiatre Boris Cyrulnik, un nom qui semble rassurer un certain nombre de parents à tendance bobo .
Selon Boris Cyrulnik, la plasticité cérébrale, à son apogée chez le tout jeune enfant, doit lui permettre lorsqu’il est plongé dans un environnement linguistique approprié utilisant des méthodes de stimulations cognitives précoces d’acquérir la maîtrise de n’importe quelle langue.

Quel est le scénario idéal pour parvenir à améliorer les performances de nos écoles maternelles ?
Celui-ci a d’ores et déjà été proposé dans « l’école de demain » (1), ouvrage programatique de J-M Blanquer lorsqu’il se rêvait ministre de l’Education national.
Outre, comme nous l’avons compris, la priorité absolue donnée à l’immersion langagière (qualifiée même de priorité politique nationale(1)), d’autres mesures clés ont été identifiées par le ministre. Celles-ci vont concerner particulièrement les enseignant-es pour lesquel-les le ministre propose d’inclure dans la formation initiale un trimestre consacré à ces méthodes suivi d’un stage d’application en école maternelle (stages prioritairement effectués en REP et REP+). Et puisqu’à l’âge des tous petits, les enfants ne s’attachent pas obligatoirement à celui ou celle qui a le plus de diplômes (sic), J-M Blanquer souhaite créer, en formations initiale et continue, un certificat d’enseignement en maternelle.
Le ministre qui prend ici exemple sur le modèle finlandais, se positionne aussi de facto sur les thèses de Xavier Darcos en la matière : celui du jardin d’enfant. Cette structure évoluerait ainsi en compagnie de spécialistes de la petite enfance, plus forcément professeur-es des écoles. Un lièvre serait-il soulevé ici(3) ?
Si le ministre de l’Education Nationale ne propose pas toujours une vision claire des attendus espérés à l’issu de la maternelle, entre « pré-élémentarisation » afin de préparer au mieux les apprentissages fondamentaux pour l’entrée en CP et ultra-bienveillance au service de l’enseignement, il n’aborde désormais plus la question centrale des effectifs dans ces classes de maternelle. Quid d’une « division par deux de la taille des classes à l’école maternelle » évoqué dans son livre « l’école de demain(1) » ?
Quid de l’investissement de 120 millions d’euros annuels, nécessaire pour modifier de manière significative le taux d’encadrement auprès des élèves de maternelle ?
A l’épreuve du pouvoir, J-M Blanquer semble avoir oublié la principale de ses « mesures clés » qui permettrait de mettre en place son ambitieux projet, un classique dans son genre !

Enfin, on connait désormais les membres du conseil scientifique nommé par le ministre. « Installé ce mercredi, ce Conseil comptera vingt et un membres dont un tiers issu des sciences cognitives. On compte notamment deux philosophes, deux sociologues, deux chercheurs en sciences de l’éducation et une linguiste. » (4).

« Si les neurosciences peuvent éclairer et alerter l’éducateur, elles ne peuvent se substituer à son inventivité ni l’exonérer d’une réflexion éthique. La transmission des savoirs requiert la mobilisation d’un sujet dans une relation singulière. » Une citation de Philippe Merieu probablement à méditer, Mr Blanquer .

(1)  : « L’école de demain », propositions pour une Education nationale rénovée. Editions Odile Jacob.
(2)  : Article de Ouest-France du 6 janvier 2018 « Le ministre de l’Education Nationale s’appuie sur un neuropsychiatre pour penser la maternelle de demain : https://www.ouest-france.fr/education/ecole/entretien-blanquer-s-appuie-sur-un-neuropsychiatre-pour-penser-la-maternelle-de-demain-5484676
(3)  : A lire un document officiel en provenance de Matignon, http://www.strategie.gouv.fr/publications/scolarisation-2-ans-na-effets-attendus-evaluations-donnees-francaises
(4)  : Revue de presse des cahiers pédagogique du mercredi A0 janvier 2018, http://www.cahiers-pedagogiques.com/Revue-de-presse-du-10-janvier-2018#.WlYsDk8AGh4.facebook


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