Baisser les dépenses publiques ? Pour l’école c’est déjà fait...

vendredi 5 février 2010

Au moment où l’on débat de la baisse des dépenses publiques, un nouveau rapport du ministère de l’Education vient de confirmer que la part du coût de l’éducation dans le produit intérieur brut (PIB) continue de baisser, passant de 7,6 % en 1995 à seulement 6,6 % en 2008.

Baisse qui va être aggravée par le « plan de rigueur » qui s’annonce. En effet, le gouvernement Sarkozy a déjà transmis à l’administration bruxelloise un « Programme de stabilité 2010-2013 ».

 « Un pays qui croit en son avenir est un pays qui investit dans l’éducation. »

C’est la phrase fétiche de Luc Chatel, le ministre de l’Education. Mais la réalité est tout autre. 11 200 postes supprimés en 2008, 13 500 en 2009 et 16 000 en 2010. La dépense intérieure d’éducation (DIE) représentait 7,6 % du produit intérieur brut en 1995. Elle n’en pesait plus que 6,6 % en 2007. Il ne s’agit plus de « dégraisser le mammouth », on attaque l’os...

Pourtant, la croissance démographique met à mal l’argument jusque-là utilisé pour justifier de telles baisses : avec le baby-boom du début des années 2000, les effectifs en primaire sont déjà en hausse. De plus, les évaluations internationales montrent un système éducatif français médiocre. L’ascenseur social est en panne depuis le milieu des années 1990 et les inégalités se renforcent. L’échec scolaire qui touche, à différents niveaux, 20 % des élèves est la maladie nosocomiale de l’école française. Faire évoluer l’école et sa pédagogie représente donc un enjeu démocratique majeur.

C’est loin d’être seulement une question de moyens, mais sans inverser la logique de rationnement actuelle, il sera difficile de progresser : la contrainte budgétaire engendre une profonde crispation chez les enseignants, tentés de voir dans les réformes à l’œuvre l’habillage pédagogique de la pénurie. Face aux défis de la lutte contre l’échec scolaire et pour la réussite de tous, l’hypothèque budgétaire doit donc être levée. Pour espérer réussir une réforme, notamment celle du lycée, il est indispensable en effet que les principaux acteurs ne pensent pas qu’ils vont y perdre.

 Evolution de la part de la dépense intérieure d’éducation (DIE) dans le PIB

AnnéeDIE en prix courants (milliards d’euros)Part DIE/PIB (en %)DIE aux prix 2008 (milliards d’euros)Croissance annuelle* de la DIE prix 2008Croissance annuelle* du PIB prix 2008
1980 28,5 6,4 71,2
1985 50,7 6,7 80,7 2,5 1,5
1990 68,0 6,6 92,9 2,6 3,2
1995 91,3 7,6 113,7 2,3 1,2
2000 104,9 7,3 124,4 1,8 2,8
2001 107,3 7,2 124,8 0,3 1,9
2002 110,8 7,2 125,8 0,8 1,0
2003 113,1 7,1 126,0 0,2 1,1
2004 115,6 7,0 126,8 0,6 2,5
2005 117,5 6,8 126,4 -0,3 1,9
2006 123,1 6,8 129,3 2,3 2,2
2007 126,2 6,7 129,4 0,0 2,3
2008 129,4 6,6 129,4 0,0 0,4

Source : MEN-MESR-DEPP, Compte de l’Éducation

* Croissance annuelle moyenne sur la période, donc par rapport à l’année précédente dans le tableau.

Article tiré d’Alternatives économiques

 Et en plus, le gouvernement maquille les chiffres !

C’est ce que révèle le SE-UNSA dans une interview sur la répartition des moyens dans le public pour la rentrée 2010.

"Au niveau du premier degré, 1 620 emplois sont répartis entre les académies. Or ces chiffres sont bien en deçà des besoins nécessaires dans l’éducation, et ce, pour 2 raisons :
- 9 182 emplois de stagiaires vont disparaître. Or ce stagiaire, présent une journée par semaine, assurait un quart-temps devant les élèves. Ce sont 9 182 quarts de postes qui vont être supprimés, soit 2 300 équivalents temps plein (ETP). La répartition de 1 600 emplois sera donc insuffisante pour accueillir les 5 600 élèves supplémentaires prévus.

- le Ministère a divisé les prévisions démographiques avancées par les inspecteurs d’Académie par trois. Il affirme que les prévisions ne sont jamais vérifiées. C’est le résultat des choix qu’il fait sur la scolarisation des deux ans, qui est en baisse constante de 2 %. Or les postes ainsi supprimés en maternelle n’ont pas été replacés ailleurs. Et nous craignons que peu à peu, de moins en moins d’enfants soient scolarisés à 3 ans.

Dans le second degré le redéploiement des postes entre académies est une opération de maquillage. Car à part les académies de Metz, Reims et des Antilles, la progression démographique visible partout ailleurs ne pourra être compensée par un redéploiement.

La disparition des professeurs stagiaires qui assuraient un demi-service d’enseignement représente une perte de 4 à 5 000 emplois, alors que 17 600 élèves supplémentaires sont attendus en 2010 dans les lycées et collèges.

Les académies qui vont de la Bretagne à la Méditerranée n’auront pas suffisamment de moyens, mais aussi celle de Lille avec d’abondantes suppressions de postes alors que la démographie est en progression.

Sur le plan des niveaux d’enseignement, l’endroit où l’on souffrira le plus sera le collège, où la progression démographique est la plus forte. C’est déjà l’endroit où la souffrance est la plus grande comme le montre une étude de la MGEN.

D’après interview diffusé sur le site VousNousIls


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