Annonce du ministre Education nationale : le choc des savoirs, des mesures révolutionnaires ou réactionnaires ?

vendredi 8 décembre 2023


Ce mardi 5 décembre, juste après la promulgation des résultats PISA, le ministre de l’Education nationale annonce par voie de mails, à tou.tes les enseignant.es des propositions pour « un choc des savoirs » .
Le ministre ne prend même plus la peine de masquer sa volonté politique de prolétariser les professeurs en général et en particulier les professeurs des écoles.

Dans ses annonces le ministre veut [« relever le niveau de l’école » >https://www.education.gouv.fr/choc-des-savoirs-une-mobilisation-generale-pour elever-le-niveau-de-notre-ecole-380226]. Il s’appuie sur les évaluations PISA pour défendre ses mesures exceptionnelles. D’autres avant lui ont fait le même constat et sont partis de ces mêmes évaluations. Sans résultat...

Nous nous questionnons tout de même si nos ministres successifs ont pris le temps d’évaluer les réformes successives de l’éducation nationale depuis 50 ans ? Tous, sans exception, parlent de réduire les inégalités à l’école, mais comment s’y prennent-ils ?

Parce que la problématique est effectivement de prendre en compte la diversité de nos élèves à l’école. C’est toute la question du « collège unique » qui s’est mise en place progressivement à partir de 1975 avec la loi Haby. Mais les objectifs de cette réforme tant décriée ont-ils été réellement mis en oeuvre ?

Un peu d’histoire
Dans la revue [Education et Formation, Le collège unique est-il une réalité ? >https://archives-statistiques depp.education.gouv.fr/Default/doc/SYRACUSE/9018/education-formations numero-special-dix-huit-questions-sur-le-systeme-educatif-syntheses-de travaux- ?_lg=fr-FR], l’article montre que cette réforme, « constituait assurément un redoutable défi pour notre système éducatif » et "s’est accélérée à partir du milieu des années 80, avec l’amorce de la suppression du palier de cinquième, de la baisse des redoublements et de l’augmentation de la part d’une génération qui atteint la troisième (voir ci dessous le graphique). Le pari de relever le niveau a été acté.

De même, elle s’est faite parallèlement à d’autres « révolutions » importantes : l’objectif de 80 % d’une génération au niveau du baccalauréat, baisse des sorties sans qualification, notamment, qu’elle a rendues possibles." cf. Loi d’orientation Jospin de 1989.

De nombreux ministres se sont accordés que les « redoublements » n’étaient pas la réponse pour résorber les inégalités en plus de son coût exorbitant. G. Attal veut permettre à nouveau les redoublements dans ses annonces du 5 décembre 2023. Nous nous questionnons sur ce retour en arrière ? ou un retour vers le futur ?
Le SUNDEP Solidaires dénoncent des propositions à contre courant des besoins des élèves, des équipes enseignantes et de l’école.

Parler du « collège unique » montre que c’est la diversité des élèves et les conditions d’enseignement qui sont reconnues et qui doivent apporter des solutions variées, dans le cadre d’une culture commune de base. Cependant, les disparités persistent parce que il y a une autre réalité française à prendre en compte : des disparités entre collèges (selon les milieux urbains et ruraux, selon écoles publiques ou privées sous contrat, voire des disparités entre classes.

Est-ce que notre ministre s’attaque à ces inégalités ?
Il existe bien un outil imparable pour connaitre les inégalités dans un établissement avec l’indicateur de position sociale (IPS). Notre ministre n’en parle pas. Quel est le niveau social moyen d’un établissement scolaire ? Quel est le degré d’hétérogénéité sociale des élèves qu’il accueille ? Comment comparer cet établissement à un autre, du point de vue de leur situation sociale ? L’indice de position sociale (IPS) est un [outil construit par la DEPP >https://www.education.gouv.fr/l-indice-de-position-sociale-ips-357755]pour répondre à ce type de questions.

Exemple d’expériences pour résorber les inégalités, depuis 2019, une expérience assez unique dans l’académie de Toulouse à mis en place un programme, celui des « cités éducatives ». Depuis, trois cités éducatives ont été créés : « [Le programme des Cités éducatives vise à renforcer des prises en charges éducatives des enfants à partir de 3 ans et des jeunes jusqu’à 25 ans, pendant le temps scolaire, périscolaire et extrascolaire, en lien avec les familles. Il est né à partir d’initiatives menées sur le terrain par les services de l’État, les élus locaux et les associations ».

Perte de la liberté pédagogique des professeurs des écoles ?
A partir de la rentrée 2024, G. Attal va imposer des « manuels labellisés », obligatoires en mathématiques et en français dans le 1er degré ainsi que le financement et l’achat des manuels en mathématiques et lecture au CP et au CE1. De même, G. Attal compte imposer « la méthode de Singapour » pour tout le monde. Cela va à l’encontre de ce que dit le mi astre aux professeurs des écoles, il ne les considère évidemment pas comme des « professionnels experts de leur métier » mais bien comme de simples exécutants.

Le SUNDEP Solidaires défend depuis toujours et continuera à défendre les professeurs et leur liberté pédagogique qui est inscrite dans le code de l’éducation (Article L912-1-1) et la loi de 2005. " La liberté pédagogique de l’enseignant s’exerce dans le respect des programmes et des instructions du ministre chargé de l’éducation nationale et dans le cadre du projet d’école ou d’établissement avec le conseil et sous le contrôle des membres des corps d’inspection. »

Ces mesures sur le métier des enseignant.es ne feront qu’aggraver les inégalités entre les élèves. C’est un TRI SOCIAL organisé qui est mis clairement en place.
Enfin, ces annonces ne répondent absolument pas aux cris d’alarmes des professeur.es concernant leurs conditions de travail qui a pour conséquence la dégradation des enseignements. sur tout le territoire.

Redresser l’école, c’est d’abord donner les moyens d’enseigner. Il faut de la prévention scolaire et non empêcher les élèves de s’émanciper. et donc de s’élever. Cela nécessite de donner des moyens à l’école pour que l’inclusion scolaire fonctionne. Créer des postes et non les supprimer. Prendre en compte les travaux de la recherche (lire ce que notre regretté Rémi Brissiaud disait de la méthode de Singapour) et écouter les professionnels de terrain !